


Train + vélo : sur le papier, c’est l’un des combos les plus évidents pour se déplacer sans voiture. Dans la réalité ? C’est encore loin d’être la norme.
Entre le “dernier kilomètre”, les trains bondés et la peur du vol, les freins sont nombreux. Résultat : des milliers de trajets du quotidien continuent de se faire en voiture, faute d’alternative vraiment simple. Et si le problème ne venait pas du train, ni même du vélo, mais de la façon dont on les combine ?
Dans notre dernier épisode de Je t’offre un rail ? (le podcast qui va te rendre accro au train), on explore une piste encore sous-estimée : le vélo pliant. Avec le fondateur de Bastille Cycle, on décrypte pourquoi le vélo reste sous-utilisé en ville, et ce qui pourrait enfin faire basculer nos habitudes. Ancien ingénieur passé par les télécoms et l’urbanisme, Gilles Henry n’en est pas à son coup d’essai. Il est aussi à l’origine de la célèbre poussette pliable YOYO, devenue une référence mondiale. Une expérience qui l’a amené à explorer un même défi appliqué cette fois au vélo : comment rendre un objet du quotidien à la fois compact, simple et désirable. Un épisode passionnant à retrouver sur tes plateformes d’écoute préférées.
Le vélo est souvent présenté comme une évidence en ville. Pourtant, dans les faits, il reste encore largement sous-utilisé dans les mobilités du quotidien.
On pourrait croire que le vélo s’impose naturellement en ville. Pourtant, une grande partie des citadins ne franchit toujours pas le pas.
Le principal frein ? Il est bien identifié selon Gilles Henry : « Le problème numéro un du vélo en ville est le vol de vélo et l’encombrement, les gens ne savent pas où ranger leur vélo. »
Autrement dit, ce n’est pas tant le vélo qui pose problème, que tout ce qu’il y a autour : où le stocker ? Comment éviter le vol ? Comment l’intégrer dans son quotidien ?
Résultat : beaucoup renoncent ou se tournent vers des solutions moins contraignantes (mais aussi moins durables).
Face à ces freins, certaines réponses ont émergé : antivols sophistiqués, tracking GPS, vélos partagés… Mais elles ne règlent pas tout :
« Ces systèmes d'électronique ne sont pas satisfaisants, ce ne sont pas des vraies solutions contre le vol de vélos. Beaucoup de gens veulent faire du vélo, mais soit prennent des vélos partagés, soit achètent un vieux vélo parce qu'ils s'en sont fait voler trois. » - Gilles Henry
Le problème reste donc entier : comment rendre le vélo vraiment pratique au quotidien ?
Longtemps présenté comme une solution miracle, le vélo pliant n’a pourtant jusque-là jamais totalement convaincu le grand public.
Le vélo pliant existe depuis longtemps. Mais il souffre encore d’une image mitigée. En cause ? Des compromis trop importants sur l’expérience utilisateur : « Pourquoi ce ne sont pas des vrais vélos ? C'est toujours des vélos un peu bizarres », souligne Gilles Henry.
Petites roues, confort réduit, design peu engageant… Le vélo pliant a longtemps été pensé comme un objet compact avant d’être un bon vélo, et beaucoup d’utilisateurs ne s’y retrouvent pas.
On ne manque pas de solutions techniques. On manque de solutions simples. L’enjeu, selon Gilles Henry, est donc de renverser la logique : « faire un vélo pliant à grandes roues pour qu'il soit le plus compact possible. »
Une approche qui n’est pas anodine. Avant de se lancer dans le vélo, Gilles Henry avait déjà révolutionné un autre objet du quotidien avec la poussette YOYO, en appliquant cette même logique de pliage simple et intuitif.
Autrement dit : partir d’un “vrai vélo”, puis le rendre pliable (et non l’inverse). Et ce avec une ambition claire : rendre le pliage simple, rapide, presque ludique (« que le pliage devienne un élément de plaisir du produit »).

© Axel Reynier
C’est ici que le vélo pliant prend tout son sens, notamment pour les trajets du quotidien.
C’est là que le vélo pliant prend tout son sens. En théorie, il permet de rejoindre facilement une gare, monter dans le train sans contrainte et repartir immédiatement à l’arrivée.
Et dans les faits, les usages suivent, comme en témoigne le fondateur de Bastille Cycle : « il y a des collaborateurs qui prennent le RER tous les matins avec, même aux heures de pointe. » Pari réussi pour le vélo pliable, donc : le vélo devient un prolongement naturel du train.
Ce qui est intéressant, c’est que ce combo ne se contente pas d’optimiser l’existant : il crée de nouveaux comportements.
Et pour cause, se dire qu’on a 5 à 10 minutes de vélo plutôt qu’une demi-heure de marche après l’arrivée à la fare, ça peut suffire à faire toute la différence.
Aujourd’hui, transporter un vélo classique en train reste compliqué, surtout en période de forte affluence : « Dès qu'on est sur un week-end un petit peu chargé, les trains sont pleins. » Le vélo pliant contourne ce problème en supprimant la contrainte d’encombrement.

Le vélo Bastille Cycle : testé et approuvé par Rosalie !
Le combo vélo pliant + train apparaît comme une alternative crédible à la voiture, mais avec certaines limites.
Évidemment, le vélo pliant, même combiné au train, ne va pas faire disparaître la voiture du jour au lendemain. L’objectif est ailleurs : « L'objectif, au départ, c'était de mettre plus de gens sur des vélos. » - Gilles Henry, fondateur de Bastille Cycle
Autrement dit, élargir la base d’utilisateurs et faciliter le passage à l’action.
La question du prix revient elle aussi souvent dans le débat. Mais elle soulève aussi un point intéressant : « les personnes qui ont un fort pouvoir d'achat […] ont quand même souvent l'empreinte carbone la plus élevée. » Or, si ces publics basculent vers le vélo, l’impact peut être réellement significatif.
Au fond, le vélo pliant n’est qu’une pièce du puzzle. Le véritable levier reste collectif : « À chaque fois qu'il y a des infrastructures qui se créent, il y a de plus en plus d'usages du vélo », souligne le fondateur de Bastille Cycle.
Car sans aménagements adaptés et sans politiques publiques ambitieuses, même les meilleures innovations peinent à changer l’échelle.
Le vélo pliant ne va pas, à lui seul, révolutionner nos mobilités. Mais combiné au train, il pourrait bien lever l’un des plus gros freins à la transition : la complexité du quotidien. Et si la vraie innovation n’était pas un nouveau mode de transport, mais une meilleure façon de les faire fonctionner ensemble ?

Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.