
De l'inspi et des bons plans pour tes prochains voyages bas carbone


Le 12 avril 2026, Louis quitte Nantes avec ses trois garçons, Romain, Armand et Jean, alors âgés de 15, 13 et 11 ans. Objectif : un aller-retour à Tokyo par voie terrestre, en train principalement, mais aussi en bus et en bateau. Italie, Grèce, Turquie, Géorgie, Kazakhstan, Ouzbékistan, Chine, Corée du Sud, puis le Japon… Quatre mois plus tard, la petite troupe est de retour à Nantes avec 40 066 km au compteur, soit l'équivalent d'un tour de la Terre, dont près des trois quarts parcourus en train !
Au programme de ce récit de voyage : l'itinéraire complet, le budget, un bilan carbone plus nuancé qu'on ne l'imagine (et c'est tout son intérêt), et les conseils d'un papa qui a tout pesé (jusqu'aux slips).
Et la bonne nouvelle, c'est que selon lui, un tel voyage est beaucoup plus accessible qu'il n'y paraît :
« En 2026, organiser et réaliser un long voyage en train, pendant plusieurs mois et à travers plusieurs pays, ce n'est pas si compliqué : tous les billets peuvent se réserver en ligne, de même que les hébergements, aucun visa n'est nécessaire, le passage des frontières est plutôt simple et rapide… » - Louis
Louis a 44 ans, il est papa de trois garçons et vit à Nantes. Après une école de commerce, un passage par l'audit financier, la production de jeux vidéo en Argentine et un mastère spécialisé en ingénierie de l'environnement, il travaille depuis bientôt 15 ans sur la thématique de la transition écologique, en cabinet, en entreprise et désormais en indépendant. Et il ne prend plus l'avion depuis près de 10 ans.
Le voyage, il connaît bien. Et c'est justement ce qu'il voulait transmettre à ses enfants : « J'ai habité avec mes parents à Hong-Kong et au Cameroun, plus tard j'ai vécu en Argentine, j'ai eu la chance d'aller en Moldavie, en Guinée équatoriale, sur l'île Robinson Crusoé, au Tibet… Je connais la puissance du voyage, la richesse des rencontres et de la différence ; je voulais faire vivre cela à mes enfants », peut-on lire sur son blog de voyage.
Et ce n'est pas leur coup d'essai : à l'été 2024, la famille avait déjà rejoint Istanbul en train pendant 15 jours, en passant par Vienne, Budapest, Belgrade et Bucarest. De quoi tester la formule et donner envie d'aller encore plus loin.
Pour ce grand voyage, chacun s’est fixé un objectif et a mis la main à la pâte : l’écriture pour Louis, le dessin pour Romain (15 ans), la photo et le montage vidéo pour Armand (13 ans), et la cuisine du monde pour Jean (11 ans).

© Louis Prat - Romain et Armand dans le train
Pour partir loin sans avion avec trois enfants, Louis avait deux impératifs : du temps, et des pays sûrs.
« Ne prenant plus l'avion depuis 9 ans, il fallait, pour aller loin et découvrir des paysages, des gens et des manières de vivre très différentes des nôtres, disposer d'un peu de temps. Il fallait aussi, pour rassurer ma mère, ma grand-mère et ma première épouse, éviter les zones orange des cartes du ministère des affaires étrangères. » - Louis, sur son blog

Carte « Conseils aux voyageurs au 25 mars 2026 » du ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, telle que publiée par Louis sur son blog (www.denantesatokyo.fr). Licence CC BY-NC-ND : © MEAE – Centre de crise et de soutien
Restait à choisir la direction. Louis a d'abord écarté le continent américain : le bateau-stop lui semblait compliqué avec trois enfants, et un aller-retour Saint-Nazaire-Baltimore à la voile aurait coûté plus de 20 000 €. L'Afrique lui a paru trop risquée. Restaient la route de la soie et l'Extrême-Orient, qui le faisaient rêver depuis longtemps.
À l’aller, la famille descend l’Italie (Venise, Naples, Bari), traverse la Grèce (les Météores, Athènes, Mykonos, Samos) puis la Turquie (Éphèse, la Cappadoce, le Nemrut Dağı, Erzurum), avant de franchir la frontière géorgienne à Batoumi. Après le vol Koutaïssi-Aktau, cap sur l’Ouzbékistan : Moynak et son cimetière de bateaux de la mer d’Aral, Khiva, Boukhara, Samarcande et Tachkent. Elle repasse ensuite par Almaty, au Kazakhstan. En Chine, la route passe par Turpan, Xi’an, Pingyao et Pékin. Un premier ferry mène en Corée du Sud (Séoul, Busan), un second à Fukuoka, au Japon. Kyushu, Himeji, Kyoto, Kanazawa… et enfin Tokyo, le 7 juin 2026.
Au retour, après Osaka, le mont Kōya et l’île de Naoshima, la famille rejoint la Corée en ferry, puis la Chine par la mer. Au programme : Shanghai, Suzhou, Hangzhou, les montagnes jaunes de Huangshan, Hong Kong, Yangshuo et Chengdu. Suivent près de 2400 km de bus à travers les régions tibétaines du Sichuan et du Qinghai, jusqu’à Xining. Le train prend ensuite le relais jusqu’au Kazakhstan (Balkhash, Karaganda, Aktau et la péninsule du Mangystau), avant le vol retour vers la Géorgie. Reste à traverser la Turquie (Erzurum, Ankara, Istanbul), la Roumanie, la Hongrie, l’Allemagne et la Suisse jusqu’en France.

Le voyage complet de Louis et ses fils
La carte Google Maps interactive est à retrouver ici.
Entre les deux, des paysages à couper le souffle : les Cyclades, Venise, la Grande Muraille de Chine, les pains de sucre de Yangshuo, le désert de Gobi, les jardins japonais ou encore la péninsule du Mangystau, au Kazakhstan.

© Louis Prat - Les enfants sur la Grande Muraille de Chine
Tous les trajets (distance, durée et émissions de CO2) sont détaillés dans le tableau partagé par Louis, et l'itinéraire jour par jour sur son blog.
Un itinéraire 100 % terrestre aurait obligé la famille à traverser un pays « déconseillé ». Louis a donc dû faire une exception :
« Initialement je voulais passer de Turquie en Azerbaïdjan et prendre le bateau à Bakou pour traverser la mer Caspienne jusqu'au Kazakhstan, mais le pays est désormais en orange. J'ai dû me résoudre à faire un petit trajet en avion pour traverser la mer Caspienne, entre Koutaïssi en Géorgie et Aktau au Kazakhstan », explique Louis sur son blog.
Au total, l’avion représente 2 trajets de 700 km, Koutaïssi-Aktau à l’aller et Aktau-Koutaïssi au retour, soit 1400 km sur plus de 40 000.
Le plus long trajet en train de ce périple : Turpan-Xi'an (réalisé à l’aller, en Chine), qui s’étend sur 2000 km. Et le plus long trajet en heures ? Karaganda à Aktau, au Kazakhstan, avec 40 heures au compteur.
Sur l'ensemble du voyage, la famille a enchaîné 56 trajets en train, pour près de 400 heures à bord, soit 16 jours complets.

Les moments de jeu à bord du train de nuit Aktau-Kungrad
| Trajet | Durée | Distance |
|---|---|---|
| Karaganda → Aktau (Kazakhstan) | 40h30 | 1900 km |
| Turpan → Xi’an (Chine) | 23h30 | 2000 km |
| Erzurum → Ankara (Turquie) | 22h | 750 km |
| Istanbul → Bucarest | 21h | 450 km |
| Tachkent → Almaty | 18h10 | 825 km |
| Aktau (Kazakhstan) → Kungrad (Ouzbékistan) | 18h | 800 km |
| Xining → Ruoqiang (Chine) | 15h | 1300 km |
| Izmir → Ankara (Turquie) | 15h | 600 km |

Article
20 000 kilomètres en train : l'exploit de Julien du Japon à la France
Pour 4 mois de voyage, Louis a dépensé 7500 € par personne, tout compris. Voici comment se répartit ce budget :
| Poste | Part du budget |
|---|---|
| Déplacements | 40 % |
| Nourriture | 20 % |
| Hébergements | 20 % |
| Matériel | 10 % |
| Autres (visites, achats, activités…) | 10 % |
Concrètement, cela représente environ 6 € par repas et par personne, et 70 € la nuit pour quatre, en hôtel ou en auberge : la famille avait fait le choix de partir sans tente ni sac de couchage.
Côté organisation, pas besoin d'agence : selon Louis, tous les billets et hébergements se réservent en ligne.
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Louis a tout compté, trajet par trajet. Résultat : 1,9 tonne de CO2e par personne pour l'ensemble du voyage, contre 3,1 tonnes pour un aller-retour Paris-Tokyo en avion (en comptant les traînées de condensation, selon la Base Empreinte de l'ADEME). Soit environ 40 % de moins.
Pour l’aller seul, on compte 53 trajets, 18 835 km, 265 h et 942 kg CO2e par personne.
| Mode | Trajets | Distance (km) | Durée (h) | Émissions (kg CO2e/pers.) | Émissions (g CO2e/km) |
|---|---|---|---|---|---|
| Train | 56 | 29 205 | 392 | 865 | 30 |
| Bus | 19 | 4155 | 70 | 156 | 38 |
| Voiture | 17 | 3175 | 46 | 196 | 62 |
| Bateau | 9 | 2131 | 66 | 399 | 187 |
| Avion | 2 | 1400 | 3 | 308 | 220 |
| Total | 103 | 40 066 | 577 | 1924 | 48 |
Source : le tableau de Louis.
Un écart moins spectaculaire qu'on pourrait l'imaginer ? Louis l'explique par plusieurs facteurs :
Et surtout, le voyage lent a un autre effet, plus discret, sur notre empreinte :
« L'avantage du train, et plus largement de la voie terrestre par rapport à l'avion, c'est que cela rend les voyages plus longs et plus chers. Un voyage de 4 mois à presque 8000 € par personne, on fait ça une ou deux fois dans une vie, alors que 3 semaines au Japon pour seulement 1000 € de billet d'avion, on peut être tenté de le faire plus souvent. » - Louis

© Louis Prat - Les « paysages extraterrestres » de la péninsule du Mangystau
Plus de photos ici.
Randonneur à ses heures, Louis le sait : le poids des sacs pèse sur le moral des troupes. Pas de tente ni de sac de couchage, donc (la famille dort en hôtel ou en auberge), et une liste réduite à l'essentiel. Parmi ses indispensables :
Le tout a été soigneusement négocié avec les principaux intéressés :
« Après moult négociations (“papa, tu penses que je prends ce slip, qui pèse 38 g, ou celui-là, que j'aime mieux, qui pèse 46 g ?”), on arrive à : Louis 8,9 kg, Romain 7 kg, Armand 4,5 kg, Jean 5,3 kg. » - Louis
Bien sûr, ces poids n’incluent pas ce que chacun porte sur lui, vêtements et chaussures, soit 1,5 à 2,1 kg de plus.
Autre sujet de négociation : les écrans.
« Pour les enfants, le combat a été âpre et je dirais que c'est plutôt une défaite. Je voulais qu'ils n'aient rien ou presque, et, si je caricature, eux auraient voulu un iPhone 18… » - Louis
Compromis final : un appareil chacun, surtout pour la musique et les photos, qui est resté au fond du sac la plupart du temps, sauf le soir pour communiquer avec leurs amis. Toute la liste est à retrouver sur la page « Nos sacs » du blog.

Retour dans le passé à Nantes : chacun prêt à partir avec le sac qui l'accompagnera pour toute la durée du voyage
Pour Louis, la réponse est oui :
« 4 mois est une bonne durée, cela permet de faire un grand voyage, de déconnecter complètement, sans que les enfants ne manquent trop l'école (moins de 2 mois) et sans que l'envie parfois légitime de se taper dessus ne devienne trop forte. Mais 2 ou 3 mois permettent déjà de faire un très beau voyage. » - Louis
Le rythme, lui, était soutenu : rarement plus de 2 jours au même endroit, 4 jours au maximum dans les grandes villes comme Tokyo, Pékin ou Hong Kong. Un choix assumé pour tout voir dans le temps imparti, même si ce format laissait moins de place à l'imprévu et au hasard des rencontres.

Article
Voyager avec des enfants en train : un rail trip de 4 mois en Europe
Premier constat : aucun problème de sécurité en 4 mois. Ni agression, ni vol, ni agressivité. Seuls bémols relevés par Louis : quelques services, souvent des trajets en voiture, qu'on a tenté de leur facturer un peu cher, et l'absence très fréquente de ceintures à l'arrière.
Au contraire, c'est l'accueil qui l'a le plus marqué :
« Dans leur immense majorité, les gens que nous avons croisés, dans tous les pays où nous sommes allés, se sont montrés chaleureux et curieux, souriants, généreux… Ça nous a fait réfléchir sur notre sens de l'accueil à nous, en France… » - Louis
Et puis il y a cette expérience propre au voyage terrestre, celle du temps long : voir les paysages et le climat se transformer, les langues, les accents et les visages changer au fil des kilomètres. Louis s'étonne de constater que chaque pays est un monde à part entière, avec son architecture, sa culture, sa langue et sa monnaie, et qu'on peut vivre très différemment d'un côté et de l'autre d'une frontière.
Seule limite qu'il identifie : sans véhicule personnel, il est plus difficile de s'éloigner des villes et des grands nœuds ferroviaires pour sortir des sentiers battus. Les bus et minibus restent toutefois une bonne solution.

De belles rencontres, dans un train au Tibet (gauche) ou dans un restaurant au Japon (droite)
Louis n'a eu besoin d'aucun visa pour ce voyage, mais certaines facilités dont il a profité sont temporaires. La Chine dispense les Français de visa pour les séjours de 30 jours maximum, jusqu'au 31 décembre 2026. La Corée du Sud dispense les Français de K-ETA jusqu'à la même date, mais il faut remplir une carte d'arrivée électronique dans les 3 jours précédant l'arrivée. Pour un départ en 2027, vérifie bien les formalités de chaque pays sur France Diplomatie.

Article
De Paris à Bangkok en train : itinéraire, budget et conseils pratiques
Des Cyclades au désert de Gobi, Louis rentre émerveillé par la beauté et la diversité de la Terre. Mais aussi marqué par ce qu'il a vu en chemin : l'uniformisation des villes et des modes de vie, le béton partout, les monocultures, les décharges sauvages (sauf au Japon), le plastique… Avec, en parallèle, les échos de l'été « apocalyptique », selon ses mots, que vivait l'Europe. Un constat lucide, qu'il conclut par un appel à l'action :
« Ce n'est pas gai mais c'est comme ça. Maintenant il faut se remonter les manches et tout faire pour que cela change. » - Louis
Pour revivre le voyage étape par étape, avec les textes de Louis et les films et photos d'Armand, rendez-vous sur le blog de la famille, De Nantes à Tokyo, et sur l'article bilan du voyage.

Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.