
De l'inspi et des bons plans pour tes prochains voyages bas carbone


En 2024, Tim a relié l'Australie à Perpignan sans prendre l'avion : 195 jours, 17 pays, plus de 40 000 km parcourus en combinant trains, bus, ferries, cargos, bateau-stop et autostop. Un voyage parti d'une question toute simple (peut-on encore voyager très loin sans considérer l'avion comme une évidence ?) et qui l'a mené jusqu'en prison au Timor indonésien, face au contre-espionnage russe, et au cœur d'une véritable méthode du bateau-stop qu'il partage aujourd'hui en détail !
Deux ans plus tard, il a remis ça pour un aller-retour Lyon-Suède en une semaine, et prépare déjà un nouveau défi : rallier le Fitz Roy, en Patagonie, toujours sans avion…
"Je pensais faire un voyage sans avion. En réalité, j'ai découvert une autre manière de voyager."
Tim a 25 ans, il est ingénieur et alpiniste, et est originaire de Perpignan et de Neuchâtel, en Suisse. Depuis 2024, il explore une nouvelle manière de voyager : rejoindre des destinations (et même des sommets !) sans avion, en transformant le trajet lui-même en aventure. Derrière sa démarche, il y a bien sûr une sensibilité aux questions écologiques qui a commencé il y a des années. Mais aujourd'hui, ce n'est plus ce qu'il cherche à mettre en avant :
"L'environnement est à l'origine de ma réflexion, mais je trouve que le meilleur moyen de donner envie aux gens de voyager autrement n'est pas forcément de leur expliquer pourquoi ils devraient le faire. C'est de leur montrer ce qu'ils peuvent vivre en le faisant."
"Je veux montrer des voyages alternatifs, sans clivage écologique, avec l’humour 'fou du bus' qui est le mien."

Tim après l’ascension du Mont Inierie, le plus haut volcan de l’île de Florès
Alors d’où est né ce projet fou (qu’il partage sur son compte Instagram et sur Linkedin) ? Tout part d'un stage de fin d'études de 6 mois en Nouvelle-Zélande, en 2023. Conscient de l'impact carbone du trajet, Tim veut envisager de rentrer sans avion. Mais à ce moment-là, l'idée lui paraît irréelle et il ne sait pas comment s'y prendre. C'est alors qu'il rencontre Mathilde, qui devient sa colocataire : elle a déjà traversé le Pacifique en bateau-stop.Tim prévoit alors d’aller en Nouvelle-Calédonie en bateau-stop, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Son employeur refuse de repousser la date de début de contrat. À reculons, il doit finalement prendre l'avion.
Une fois sur place, il participe à des entraînements de régate et cherche des voiliers en direction de l'Indonésie. Les mois passent, son contrat se termine, il ne trouve pas de bateau, et la guerre civile s'approche. Il finit par s'envoler pour l'Australie, où il a rencontré quelqu’un qui s'apprête à partir en catamaran.
C'est là que commence, officiellement, son grand trajet :
"À l'origine, mon envie de voyager sans avion est partie d'une question assez simple : est-ce qu'on peut encore voyager très loin sans considérer l'avion comme une évidence ?"
Pendant 195 jours, Tim traverse ainsi 17 pays et plus de 40 000 km, en combinant trains, bus, ferries, cargos, bateau-stop et autostop. Au départ, la démarche avait une dimension clairement environnementale : comprendre concrètement ce que représentait l'empreinte carbone d'un tel voyage (2,6 tonnes eq. CO2 au total) et voir ce que cela changeait de remplacer un trajet en avion par une succession de moyens de transport plus lents.
Mais l'expérience lui a vite fait découvrir autre chose :
"Quand on prend l'avion, le déplacement est souvent une parenthèse entre deux endroits. On disparaît quelques heures et on réapparaît à l'autre bout du monde. Sans avion, le trajet devient une partie du voyage. On traverse réellement les distances. On voit les paysages changer, on rencontre des gens qu'on n'aurait probablement jamais rencontrés autrement, on doit improviser, trouver des solutions et accepter de ne pas toujours savoir ce qui va se passer le lendemain."
"Le but n'est plus seulement d'arriver quelque part. Le trajet devient lui-même une partie de l'aventure."
Le voyage a commencé en Australie et s'est terminé à Perpignan, dans le sud de la France. Tim n'avait pas de parcours entièrement figé à l'avance : une grande partie de l'aventure consistait justement à trouver, au fur et à mesure, comment avancer sans avion.
Les grandes étapes de son itinéraire :

L’incroyable itinéraire de Tim sans avion (carte générée sur Travel Boast)
Au total, Tim a utilisé des trains, bus, ferries, cargos, du bateau-stop et de l’autostop, avec en plus de nombreux trajets locaux pour rejoindre les différents points de départ.
Côté budget, le coût moyen du voyage était d'environ 1000 € par mois, tous frais compris.
"L'itinéraire n'était pas simplement une succession de billets achetés à l'avance. Une partie importante du voyage consistait à trouver le moyen de transport suivant : négocier une place sur un bateau, trouver un ferry, faire du stop, comprendre les réseaux ferroviaires locaux ou modifier complètement l'itinéraire lorsqu'une solution ne fonctionnait pas."
Un conseil très concret qu'il garde de son passage par la Russie et la Mongolie ? Pour prendre le Transsibérien, il est tout à fait possible de payer directement sur place, à la gare, pour un départ dès le lendemain : les trains ne sont pas tous complets. Attention en revanche à bien retirer de l'argent liquide en Mongolie, car les cartes bancaires ne fonctionnent pas en Russie.
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Le bateau-stop est sans doute le moyen de transport le plus singulier de ce voyage : Tim l’a utilisé sur près de 5000 km, entre l'Australie et l'Indonésie, puis dans le détroit de Cook en Nouvelle-Zélande. Voici ses conseils, à l'origine partagés dans un groupe Facebook dédié.
Les bateaux ne sont pas des voitures : les voiliers sont soumis à des saisons de vent, avec un intervalle favorable et défavorable pour chaque traversée. Il faut idéalement que le vent, et donc les vagues, viennent de l'arrière du voilier. Pour une traversée Indonésie-Australie par exemple, la saison favorable va de septembre à novembre, même si cela tend à évoluer avec le dérèglement climatique.
En principe non. Mais en avoir ouvre beaucoup plus de portes : pour une question d'assurance, un voilier doit compter un certain nombre d'équipiers expérimentés à bord. Une fois ce quota atteint, le capitaine peut embarquer qui il veut. Tim recommande le site La Voile pour les Nuls, qu'il décrit comme "le code de la route pour les voiliers".
"Il n'y a pas de bonne réponse à cette question. C'est de la persévérance et de la chance."
Quelques pistes qu'il partage :
Trois scénarios existent : un montant demandé par jour, une participation aux frais (nourriture, essence), ou de l'aide en nature en échange du logement et de la nourriture (une forme de woofing). Tim ne procède qu'avec cette troisième méthode : "Pas d'argent en jeu = pas de problème."
En faisant un vrai "CV voile" : miles nautiques, traversées majeures effectuées, savoir-faire (cuisine, bricolage, musique, langues, photo...) et savoir-être (à l'écoute, calme, attentif, responsable). Et surtout, mettre en avant ses passions : rien de mieux qu'un point commun avec l'équipage, avec qui l'on va vivre H24 !
Une fois en mer, la sécurité reste primordiale. Tim recommande de poser plusieurs questions au capitaine avant d'embarquer : le plan et la route prévue, qui sera à bord, depuis combien de temps le capitaine navigue et quelles traversées il a déjà faites, si l'AIS, la VHF et le matériel de secours sont fonctionnels, quels travaux restent à faire sur le bateau ("s'il vous dit que le bateau ne nécessite pas de réparations, il ment"), et ce qu'il attend en échange de la place à bord. Et pour les femmes qui voyagent seules, il conseille tout de même une vigilance particulière : “Il y a parfois des comportements déplacés parmi les marins (mais pas de quoi s’inquiéter outre mesure).”

À gauche : ascension du Mont Rinkanie, le 2ème plus haut volcan d’Indonésie. À droite : sur le ferry entre Jakarta et Batam : l’occasion de faire de belles rencontres !
Rien que ça.Un voyage de cette ampleur, ça ne se résume pas à un itinéraire. Tim garde en tête plusieurs anecdotes assez folles :
Ce qu'il en retient dépasse largement le simple défi logistique :
"Je suis sorti de ce voyage avec beaucoup d'humilité. Les pays que j'ai traversés ne sont pas 'riches' dans le sens que l'on définit en France, mais ils le sont dans d'autres aspects moraux aussi importants."
"Ce voyage, je l'aurais fait que je sois écolo ou non, car l'envie d'aventure et la curiosité l'emportent sur tout le reste !"
Tim est du genre à récidiver ! Deux ans plus tard, en août 2026, il repart pour un tout autre format cette fois. Direction la Suède, pour voir un concert de The Weeknd, toujours sans avion.
"C'était l'occasion de présenter le slow travel sur une distance moins extravagante et plus accessible, avec 5 semaines de congé par an."
Son itinéraire, bouclé en une semaine pile :
“J’ai fait ça en une semaine pile poil, en m’aidant de l’outil HOURRAIL !” (On ne l’a pas payé pour dire ça.)
Sa motivation : montrer que, contrairement aux idées reçues, le slow travel intra-européen ne fait pas forcément perdre "une journée, voire deux".
Et Tim ne compte pas s'arrêter là. En décembre 2026, il partira de France pour rejoindre la Patagonie sans avion, avec pour objectif de gravir le Fitz Roy. L'occasion, selon lui, de documenter les différentes façons de rejoindre les grands sommets de Patagonie sans prendre l'avion, et de créer ce qu'il présente comme le premier topo au monde mêlant alpinisme et slow travel.
Le parcours envisagé (encore hypothétique à ce stade) : France, Espagne (Canaries), Guadeloupe, Brésil, puis Argentine.
"Ces trois voyages suivent finalement la même idée : ne plus considérer le transport comme une simple contrainte pour rejoindre une destination, mais comme une partie intégrante de l'aventure."
"Je crois qu'on passe parfois beaucoup trop de temps à attendre le bon moment, le bon budget, le bon itinéraire ou la bonne idée avant de se lancer. Pourtant, les aventures les plus marquantes ne commencent pas toujours avec un plan parfaitement préparé. Elles commencent souvent par un premier pas, parfois un peu absurde, et par l'envie de voir ce qui se trouve derrière l'horizon. Je ne voyage pas sans avion pour donner des leçons à qui que ce soit. J'essaie simplement de montrer qu'en changeant notre manière de nous déplacer, on peut aussi changer notre manière de vivre l'aventure. Alors si mon histoire peut donner envie à quelqu'un de prendre un train plutôt qu'un avion, de partir explorer un endroit inconnu ou simplement d'oser réaliser ce projet qu'il remet à plus tard, alors ce sera déjà une belle réussite. Parce qu'au fond, la plus grande aventure n'est peut-être pas celle qui nous emmène le plus loin, mais celle qu'on décide enfin de commencer."
Pour suivre les aventures de Tim, rendez-vous sur son compte Instagram @timbizarreadventure et sur sa chaîne Youtube !

Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.