
De l'inspi et des bons plans pour tes prochains voyages bas carbone


1400 km à vélo, 5 pays, 0 avion… C'est le pari qu'a relevé Amalric, 26 ans, consultant à Paris et bikepackeur engagé, en s'élançant sur la Trans Balkan Race. Kezako ? Une course d'ultra-distance de 1400 km et 30 000 mètres de dénivelé positif, reliant l'Italie au Monténégro à travers les Balkans.
Au programme : départ et retour en train, bus et minibus, sept jours de course en totale autonomie, et une collecte solidaire au profit d'Échappées Belles, une association de tandem pour personnes aveugles et malvoyantes. Si tu te demandes comment construire un véritable voyage autour d'une aventure sportive en Europe sans jamais prendre l'avion, cet article est pour toi. Retour sur un voyage qui a commencé bien avant le premier coup de pédale, et qui n'est pas encore tout à fait terminé…
"Arrêter l'avion n'a pas réduit mon envie d'aventure. Cela m'a plutôt obligé à redessiner ma carte et mon imaginaire de l'aventure."
Amalric a 26 ans. Il est consultant à Paris. Mais surtout, il pratique le voyage à vélo depuis plus de dix ans, le tandem depuis cinq ans, et a découvert les courses de bikepacking il y a trois ans.
Depuis deux ans, il est aussi pilote bénévole chez Échappées Belles, une association qui organise depuis plus de 60 ans des sorties en tandem permettant à des personnes aveugles et malvoyantes de pratiquer le vélo en groupe et en sécurité. Une activité qui, sans qu'il le sache encore, allait devenir un des fils rouges de sa Trans Balkan Race.
Il y a près de trois ans, Amalric a aussi pris une décision qui a changé sa façon de voyager : ne plus prendre l'avion.
"Ce n'était pas une décision de renoncer aux voyages lointains ou aux aventures qui me faisaient rêver, mais plutôt une contrainte que j'avais envie de me donner : continuer à partir, mais chercher différemment où et comment vivre l'aventure."
Résultat : plutôt que de regarder les grandes courses de bikepacking partout dans le monde, il s'est mis à regarder ce qui était accessible depuis Paris par voie terrestre. Et il s'est rendu compte que l'Europe offrait déjà un terrain de jeu immense ! “Si vous cherchez à voyager et partir des aventures à vélo, je recommande de regarder du côté des courses de bikepacking (des randonnées longue distance) en Europe, explique-t-il. Il en existe énormément sur le continent, avec des départs accessibles en train et des formats adaptés à des niveaux très différents.”

Lac de Percuca, Parc Naturel de Dinara en Croatie, avant près de 4h d'ascension nocturne - © Amalric Lagie
La Trans Balkan Race, c'est l'un des grands classiques du bikepacking en Europe : 1400 km et plus de 30 000 mètres de dénivelé positif, entre Trieste en Italie et Risan, dans la baie de Kotor au Monténégro, à travers cinq pays : l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie et le Monténégro.
La course se déroule en totale autonomie : pas d'assistance extérieure, il faut gérer soi-même son itinéraire, ses ravitaillements, son sommeil, ses réparations et l'ensemble de son matériel. Amalric visait le "sub 7 jours", qui consiste à boucler le parcours en moins de sept jours.
"La Trans Balkan Race réunissait tout ce que j'aime dans le vélo longue distance : l'autonomie, l'effort dans la durée, la gestion de la fatigue, mais aussi cette sensation assez unique d'avancer chaque jour vers un endroit inconnu."

© transbalkanrace.com - Le tracé de la Trans Balkan Race, “pas tout à fait à jour mais ça donne une idée” dixit Amalric
Au-delà du défi sportif, c'était aussi une manière assez unique de découvrir cette partie de l'Europe, loin des grands axes touristiques : traverser les pays à vélo, voir progressivement évoluer les paysages, les villages et, dixit Amalric, le contenu de l'assiette.
Pour Amalric, le voyage ne devait pas commencer au premier kilomètre de la course, ni s'arrêter à la ligne d'arrivée. Tout le trajet, aller comme retour, s'est fait sans avion.
À l'aller : Paris → Trieste en train. Un premier train jusqu'à Milan, une nuit sur place, puis un second train jusqu'à Trieste, point de départ de la course.

© Amalric Lagie - À bord d’un train italien Frecciarossa
Le cœur du voyage : sept jours de vélo. C'est à Trieste qu'Amalric a enfourché son VTT pour traverser les Balkans du nord au sud. Il a finalement franchi l'arche d'arrivée à Risan après 6 jours, 23 heures et 1 minute de course. Le tracé complet est à retrouver sur ce lien Strava.
Au retour : Risan → Paris, par voie terrestre. Après trois jours à profiter de l'arrivée, direction Paris via une succession de correspondances :
"Ces deux jours n'ont finalement pas été du 'temps de transport' subi, mais les derniers jours du voyage. Là où l'avion aurait permis de rentrer en quelques heures, ce retour par voie terrestre a créé une transition progressive entre les montagnes du Monténégro et mon quotidien parisien."
Et malgré toutes ces correspondances, Amalric est finalement arrivé à Paris juste à temps pour le dîner familial.
"À quelques trains de Paris, on peut se retrouver vulnérable dans une montagne inconnue, parler de la vie pendant des heures avec quelqu'un rencontré le jour même, repousser ses limites et ressentir cette impression rare d'être pleinement au bon endroit. C’est aussi ce que cette aventure m’a confirmé : il n’est pas nécessaire d’aller à l’autre bout du monde pour vivre intensément." - Amalric
Ce qui ressort beaucoup dans le récit d'Amalric, ce sont moins les kilomètres que les visages et les instants qu'il en retient.
Il y a d'abord cette longue montée technique, passée en grande partie à pousser le vélo, aux côtés d'un participant polonais vivant en Suisse, qu’il a rencontré quelques heures plus tôt :
"À force de marcher ensemble dans la montagne, la conversation a progressivement quitté la course pour parler de nos vies, de ce qui nous avait amenés là, de nos choix et de ce que nous étions venus chercher dans cette aventure. [...] Des inconnus deviennent parfois, pendant quelques heures, des compagnons de route auxquels on parle avec une étonnante sincérité."
Il y a aussi une nuit dans une cabane perdue des montagnes de Bosnie avec Hull Tyler, un participant canadien, "un toit pour nous protéger de la pluie et quatre heures de sommeil avant de repartir dans les montagnes", et un réveil à 2 heures du matin dans un petit restaurant bosnien, avant cinq heures de montée pour tenter de passer un col avant la pluie.

Une courte nuit en Bosnie - © Amalric Lagie
Et puis, l'arrivée. 8h01, après une nuit blanche et des températures descendues jusqu'à 0°.

Repos bien mérité dans les hauteurs de Risan, Baie de Kotor, Monténégro, quelques heures après l’arrivée - © Amalric Lagie
"Quelle joie de retrouver une vie sans plan, sans chronomètre, sans tracker. Je peux désormais me nourrir sans regarder l'heure, m'attarder longuement sur un deuxième dessert [...] En bref : profiter du temps qui passe, profiter des autres participants arrivés avant moi."

Un paysage de Croatie, sur le chemin VTT, à l'aube
Ce qui rend l'histoire d'Amalric si particulière, c'est aussi qu'il n'a jamais voulu que cette course reste une aventure individuelle.Il a construit un projet solidaire autour de sa Trans Balkan Race pour lever des fonds et faire connaître Échappées Belles, l'association de tandem pour personnes aveugles et malvoyantes dont il est pilote bénévole. Le principe faisait directement écho à la course : 1 € collecté pour chaque kilomètre à parcourir, soit un objectif initial de 1400 €.

L’association Échappées Belles
Il a aussi créé un canal WhatsApp avec sa famille, ses amis, ses collègues et les membres d'Échappées Belles, pour raconter la course presque en direct.
"Certains sont devenus de vrais dotwatchers, à suivre pendant près de sept jours mon petit point avancer sur le tracker. [...] Certains de mes collègues ont découvert et soutenu l'association à cette occasion. Même un participant américain, Clayton, rencontré sur les chemins VTT de Croatie et touché par le projet, a fait un don de 100 dollars dès le lendemain de son arrivée."
Et la boucle n'est pas encore bouclée : les fonds collectés pendant la Trans Balkan Race seront officiellement remis à Échappées Belles le 4 octobre 2026, lors du Tandem Tour, une randonnée caritative en duo organisée par Amalric à Marly-le-Roi.
Amalric partage aussi quelques conseils très concrets pour celles et ceux qui voudraient se lancer sur un itinéraire similaire, entre train, bus et vélo démonté.

Retour au calme à Risan, le farniente dans toute sa splendeur - © Amalric Lagie
Côté voyage, son conseil est plus simple encore : pour celles et ceux qui pratiquent déjà le vélo, il ne peut que recommander les événements de bikepacking, les randonnées longue distance ou les courses d'ultracyclisme qui sont, selon lui, une formidable porte d'entrée vers l'aventure.
"Pour moi, ces événements sont une formidable porte d'entrée vers le voyage et l'aventure : quelques trains peuvent suffire pour se retrouver dans un territoire inconnu, se mettre en difficulté et vivre quelques jours d'une intensité assez folle. Il n'est pas forcément nécessaire de partir à l'autre bout du monde pour se sentir très loin de chez soi."
"Ce que je retiens peut-être le plus de cette aventure, c'est que la TBR a été un voyage à part entière, construit autour d'une échéance qui m'a fait rêver autant qu'elle m'a fait stresser. La course n'a duré que sept jours, mais l'aventure avait commencé bien avant Trieste et s'est prolongée après Risan."
Bref, entre l'entraînement avec son ami Vladimir au départ à Trieste (et l’émotion de le retrouver quelques jours plus tard, finisher comme lui à Risan, pour mesurer tout le chemin parcouru depuis l’inscription), les proches mobilisés à distance, et Échappées Belles intégrée au projet, Amalric retient surtout une chose : partir moins loin, peut-être, mais certainement pas vivre moins fort.“Au bout du compte, terminer la Trans Balkan Race a été un bel accomplissement cette année. J’avais rêvé de cette course et de ces montagnes pendant des mois, et je suis allé au bout de ce que j’étais venu chercher. Ça m'a donné envie de continuer à me projetter dans ce type d'imaginaire de voyage : choisir une belle course accessible depuis Paris, poser une date dans le calendrier, s'entraîner à travers des voyages avec des potes, et puis la vivre et la partager avec les personnes qui comptent pour moi." - Amalric
Alors, envie de tenter l’expérience ?

Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.