


Et si on te disait que construire une nouvelle ligne à grande vitesse ne suffisait pas à faire rouler davantage de trains ? Eh oui, car avant même d'accueillir leurs premiers voyageurs, les rames doivent pouvoir être nettoyées, entretenues, réparées et stationnées entre deux circulations. Autrement dit, elles ont besoin d'un Site de Maintenance et de Remisage (SMR). Longtemps restée dans l'ombre, cette infrastructure est pourtant devenue l'un des nouveaux enjeux du développement du rail français.
C'est précisément ce que nous sommes allés découvrir à Marcheprime, près de Bordeaux, où LISEA construit le premier site de maintenance ferroviaire privé, indépendant et multi-opérateurs de France. Pourquoi ce chantier est-il aussi stratégique ? Et qu'est-ce que cela pourrait changer, demain, pour les voyageurs ? Décryptage.
Lorsqu'on parle de développement du ferroviaire, on pense spontanément aux nouvelles lignes, aux gares ou encore aux trains eux-mêmes. Pourtant, un autre équipement est absolument indispensable : le Site de Maintenance et de Remisage (SMR).
C'est ici que les trains sont nettoyés, contrôlés, entretenus, réparés et stationnés entre deux circulations. Sans lui, impossible d'assurer leur exploitation quotidienne.
Comme nous l'explique Nidia Martins, directrice du projet SMR chez LISEA :
« Quand un train arrive dans le SMR, il est guidé jusqu'à la voie qui lui a été réservée, soit pour des entretiens courants, du nettoyage, du servicing, la vidange des WC, soit pour du remisage tout simple. [...] Le train a besoin de dormir là le temps de reprendre son service le lendemain, ou alors pour des opérations de maintenance beaucoup plus lourdes. »
Autrement dit : pas de SMR, pas de trains.
Pendant plusieurs décennies, la question se posait peu : un seul opérateur exploitait les TGV. Aujourd'hui, avec l'ouverture progressive du marché ferroviaire, de nouveaux acteurs souhaitent proposer leurs propres services. Mais au-delà des trains, des sillons ou des financements, encore faut-il disposer d'un endroit où les entretenir.
Comme le résume Lionel Epely, président de LISEA :
« Une fois qu'on a financé et acheté des trains, il faut leur trouver une maison. Cette infrastructure manque aujourd'hui en France parce que tous les sites de maintenance sont chez SNCF Voyageurs. »
Le futur SMR de Marcheprime ambitionne justement de répondre à ce besoin.

Un chantier d’ampleur
À une vingtaine de kilomètres de Bordeaux, LISEA construit actuellement un site hors norme. Quelques chiffres donnent la mesure du projet :
L'objectif est simple : proposer un site indépendant pouvant accueillir aussi bien des TGV que des TER ou des trains Intercités.
Contrairement aux centres historiques, ce site a été pensé dès l'origine comme une infrastructure ouverte à plusieurs opérateurs, avec les mêmes conditions d'accès pour chacun.
Plus d'une dizaine de terrains ont été étudiés autour de Bordeaux. Le choix de Marcheprime répondait à plusieurs critères : disposer d'une surface suffisante, limiter les impacts environnementaux, bénéficier d'un accès direct au réseau ferré national et rejoindre rapidement la LGV Sud Europe Atlantique.
Un emplacement stratégique, à proximité immédiate d'une ligne qui dispose encore d'importantes capacités.

Le chantier à Marcheprime
C'est l'un des enseignements les plus surprenants de notre visite. Aujourd'hui, la LGV Sud Europe Atlantique est loin d'être saturée. Elle dispose d'une capacité théorique d'environ 196 sillons quotidiens, alors qu'environ la moitié seulement sont actuellement utilisés.
Autrement dit, il est possible d'augmenter le nombre de trains sans construire une nouvelle ligne. Encore faut-il que les opérateurs disposent de toutes les infrastructures nécessaires pour lancer leurs services, à commencer par un site de maintenance.
Le premier opérateur à utiliser le futur SMR sera Velvet, qui prévoit d'y stationner et d'y entretenir ses douze trains à grande vitesse à partir de 2028. À terme, le site pourra également accueillir d'autres compagnies, françaises ou étrangères, ainsi que des matériels régionaux.

Article
Le premier train Velvet est là : une nouvelle ère pour le rail français d’ici 2028 ?
L'objectif affiché est de proposer une infrastructure neutre, accessible à tous les opérateurs dans des conditions équitables.
Le projet représente 266 millions d'euros, entièrement financés par des capitaux privés. LISEA souligne également avoir obtenu un Green Loan, un prêt dont les financements sont conditionnés au respect d'engagements environnementaux mesurables portant notamment sur la consommation d'énergie, la gestion de l'eau ou encore la biodiversité.
Pour Lionel Epely :
« Ce label Green Loan est une reconnaissance de ce que le site apporte au système en termes de décarbonation des mobilités, tout en reconnaissant les efforts réalisés pour concevoir le site de la manière la plus vertueuse possible. »

Les SMR : un enjeu indispensable du rail français
Les rails, les gares ou les trains attirent naturellement toute l'attention. Pourtant, le développement du ferroviaire repose aussi sur des infrastructures beaucoup plus discrètes. Le futur SMR de Marcheprime en est une bonne illustration. En proposant un site de maintenance indépendant et multi-opérateurs, il ambitionne de lever l'un des freins qui limitent aujourd'hui le développement de nouvelles offres ferroviaires
À lui seul, il ne transformera évidemment pas le paysage du rail français. Mais il pourrait constituer une pièce importante d'un puzzle plus vaste : celui d'un réseau capable d'accueillir davantage de trains, de voyageurs et, à terme, de mobilités bas carbone.
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Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.