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Après avoir consolidé sa ligne Bruxelles-Prague et ouvert Paris-Berlin, European Sleeper franchit une nouvelle étape avec le lancement de sa troisième liaison régulière, et de son tout premier axe nord-sud : Bruxelles-Milan, qui relie la Belgique et l’Italie en passant par l’Allemagne et la Suisse.
Pour cette première traversée, ici dans le sens Italie-Belgique, une partie de l'équipe HOURRAIL ! était à bord. On t'emmène avec nous.
Pour toutes les infos pratiques sur cette nouvelle ligne (horaires, prix, réservation), direction notre guide complet European Sleeper :

Article
European Sleeper : notre guide complet (train de nuit Paris–Berlin, Bruxelles–Milan et Prague 2026)
Avec Bruxelles-Prague à l'est et Paris-Berlin (prolongé jusqu'à Hambourg depuis juillet 2026) au nord, European Sleeper avait jusqu'ici surtout développé son réseau entre l'Europe occidentale et centrale. Avec Bruxelles-Milan, changement de cap : direction le sud.
Pour la première fois, les trains de la coopérative traversent la Suisse et rejoignent l'Italie. Une nouvelle liaison qui permet désormais de s'endormir en Belgique et de se réveiller, quelques heures et quelques frontières plus loin, au pied des Alpes italiennes.

© European Sleeper - Bruxelles-Milan : un troisième axe majeur
Au départ, à Milano Porta Garibaldi
Ce mercredi 9 septembre après-midi, plusieurs prises de parole se sont succédé pour marquer ce troisième lancement de la coopérative.
Premier symbole fort : Elmer van Buuren a choisi de s'adresser au public en italien, malgré la barrière de la langue. Un choix qui a donné le ton d'un discours marqué par une certaine humilité : plutôt que de présenter ce lancement comme une victoire acquise, le cofondateur d'European Sleeper a rappelé que les premières semaines d'exploitation seraient décisives pour ajuster le service aux attentes réelles des voyageurs.
De son côté, Chris Engelsman a insisté sur un changement d'ère pour la coopérative : ce qui pouvait ressembler à un « train hobby » à ses débuts s'est structuré en acteur professionnel du rail européen. Il s'est dit fier de lancer cette troisième ligne, tout en rappelant la difficulté de construire une compagnie ferroviaire à partir de rien. Il a aussi rappelé qu'au-delà de sa dimension environnementale, le train de nuit devait aussi trouver un équilibre économique - un vrai défi selon lui, alors qu'European Sleeper atteint désormais 25 millions d'euros de revenus par an - sans oublier la dimension communautaire du projet.

© Mattéo Miossec
Plusieurs autres personnalités ont pris la parole pour marquer l'événement : Matteo Arena, fondateur d'Arenaways, l'opérateur italien partenaire pour la traction sur le tronçon transalpin ; Raffaele Cattaneo, sous-secrétaire à la présidence de la Région Lombardie, en charge des Relations internationales et européennes ; Mascha Baak, consule générale du Royaume des Pays-Bas à Milan ; Giorgio Maria Zamperetti, consul honoraire du Royaume de Belgique (qui a particulièrement insisté sur le rapport au temps que change le train de nuit par rapport à l'avion).
Globalement, ces prises de parole convergeaient surtout sur la durabilité environnementale du train de nuit et sa capacité à recréer du lien entre les territoires européens.
À l'arrivée, à Bruxelles-Midi
Le lendemain matin, l'arrivée du train à Bruxelles-Midi a de nouveau été marquée par plusieurs prises de parole. Elmer van Buuren y a insisté sur l'importance de faciliter l'accès aux infrastructures ferroviaires (places de stationnement pour les trains, sites de nettoyage adaptés) pour faire de la gare un véritable hub du train de nuit en Europe. Il est aussi revenu sur la question du financement du matériel roulant, remerciant le soutien du ministre belge des Transports tout en appelant à prolonger, voire renforcer, cette collaboration à l'avenir.
Le ministre s'est d'ailleurs montré particulièrement enthousiaste et admiratif à l'égard d'European Sleeper : « Ce que je veux, c'est qu'on se rende compte que prendre l'avion pour parcourir 1000 km ne fait aucun sens. » L'ambassadrice d'Italie en Belgique s’est également exprimée, dans un discours très europhile.
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Pour cette inauguration dans le sens Milan-Bruxelles, le voyage a commencé à Milano Porta Garibaldi, que le train a quitté mercredi en fin d'après-midi. À bord, une ambiance plutôt calme : surtout des passionnés de train, des journalistes et des partenaires d'European Sleeper.

De quoi profiter du paysage avant de rejoindre Morphée - © Mattéo Miossec
Encore en pleine lumière, le train a traversé le Tessin avec des arrêts à Côme, Lugano et Bellinzona, avant de plonger sous les Alpes par le mythique col du Gothard (faute de pouvoir emprunter le Simplon, en travaux jusqu'en 2027) puis de rejoindre Aarau, en Suisse, un pays où European Sleeper n'avait encore jamais circulé.

Le genre de paysage que tu peux admirer par la fenêtre - © Mattéo Miossec
La frontière allemande franchie, le train a longé la vallée du Rhin tandis que la nuit tombait et que les voyageurs s'endormaient dans leurs compartiments couchettes, avant d'atteindre Cologne au petit matin et de continuer vers la frontière belge.
Le train est passé par Liège-Guillemins sans s'y arrêter (une déviation exceptionnelle permettant de rattraper un peu de retard), avant un dernier arrêt à Verviers-Central, puis l'arrivée à Bruxelles-Midi, jeudi vers 11h10.
Et côté confort ? En compartiment Comfort Standard (trois personnes par compartiment, avec de petits surmatelas fournis) : le matériel roulant semble globalement similaire à celui utilisé sur la ligne Paris-Berlin.

Les couchettes en compartiment Comfort Standard - © Mattéo Miossec
Derrière cette première nuit entre Bruxelles et Milan, il y a aussi plusieurs mois de préparation et quelques défis de taille : faire circuler European Sleeper dans un nouveau pays, adapter l'itinéraire aux travaux du Simplon ou encore construire une nouvelle liaison internationale sans dépendre durablement des subventions publiques.
« Pour nous, ce lancement signifie un troisième train European Sleeper qui circulera tous les jours avec 2 nouveaux pays desservis, la Suisse et l'Italie (European Sleeper circule donc maintenant dans 7 pays au quotidien). C'est aussi le renforcement de nos partenariats actuels et le début d'un nouveau partenariat avec Arenaways, notre opérateur italien. C'est un pas de plus vers notre ambition de proposer plus de trains de nuit pour voyager en Europe et on espère que cette nouvelle ligne accueillera des milliers de voyageurs en plus qui choisiront le train. » - Anne Dubost, Directrice de la stratégie et du développement commercial chez European Sleeper

© Mattéo Miossec
Au-delà du défi inédit que peut représenter le lancement d’une ligne en Suisse, lancer deux nouvelles lignes la même année représentait déjà, en soi, un gros défi pour la coopérative. Pour celle-ci en particulier, l'accès aux réseaux suisse et italien a mobilisé « des efforts considérables en collaboration avec nos partenaires et les autorités respectives de chaque pays », souligne Anne Dubost.
À cela s’ajoute la complexité de la coordination horaire : il faut désormais synchroniser les horaires entre quatre pays (cinq à partir de décembre, quand de nouvelles dessertes aux Pays-Bas s'ajouteront), tout en s'adaptant aux plans de travaux des différents réseaux, ce qui demande « une collaboration exceptionnelle de la part des gestionnaires des réseaux de chaque pays ».
Et la suite ? Anne Dubost confirme que deux nouvelles lignes sont déjà en préparation : une liaison Bruxelles-Amsterdam-Copenhague-Malmö et une autre Bruxelles-Barcelone via Avignon, toutes deux prévues pour 2028.
Mais l'entreprise ne se concentre pas uniquement sur l'expansion de son réseau : elle travaille aussi à améliorer l'expérience des voyageurs sur ses lignes existantes. Comme le reconnaît European Sleeper, le lancement du Paris-Berlin et l'été qui a suivi ont été marqués par « beaucoup d'aléas opérationnels » qui ont affecté la qualité du voyage pour les passagers. La coopérative travaille donc à fiabiliser ses opérations, renforcer son service client et améliorer sa communication avec les voyageurs, tout en enrichissant les services proposés à bord.
En parallèle, elle continue de travailler avec les gestionnaires de réseaux de chaque pays sur les horaires 2027, 2028, et bientôt 2029, pour optimiser les temps de parcours, et explore même la piste, à plus long terme, d'acquérir ses propres voitures plutôt que de les louer !
Avec Bruxelles-Milan, European Sleeper n'ajoute pas seulement une destination supplémentaire à son réseau. La coopérative crée un nouveau lien ferroviaire nocturne entre le Benelux, la Suisse et l'Italie, et pose une première pierre vers son ambition de relier un jour directement les Pays-Bas au nord de l'Italie.
Surtout, cette nouvelle liaison renforce le retour en grâce du train de nuit en Europe. Là où certains de ces itinéraires avaient disparu des cartes au fil des décennies, de nouvelles connexions se dessinent peu à peu. Et avec elles, une autre manière de traverser le continent : monter dans un train en fin de journée, laisser défiler les frontières pendant la nuit et ouvrir les yeux, le lendemain matin, dans un autre pays.
Reste désormais à voir comment la ligne trouvera son public et son équilibre économique. Mais ce mercredi après-midi, sur le quai de Milano Porta Garibaldi, une nouvelle route ferroviaire européenne s'est bel et bien ouverte !

Issue du monde de la communication et des médias, Sophie est Responsable éditoriale chez HOURRAIL ! depuis août 2024. Elle est notamment derrière le contenu éditorial du site ainsi que La Locomissive (de l'inspiration voyage bas carbone et des bons plans, un jeudi sur deux, gratuitement dans ta boîte mail !).
Convaincue que les changements d’habitude passent par la transformation de nos imaginaires, elle s’attache à montrer qu’il est possible de voyager autrement, de manière plus consciente, plus lente et plus joyeuse. Son objectif : rendre le slow travel accessible à toutes et tous, à travers des astuces, des décryptages et surtout, de nouveaux récits.