


🆕 Mise à jour du 30 juillet 2026 : cet article intégrait déjà les données du rapport du Réseau Action Climat (2024). On l'a enrichi avec les résultats d'une nouvelle étude du Forum Vies Mobiles (juin 2026, Yoann Demoli & Pierre Lannoy), qui confirme et affine le même constat à partir d'une méthodologie différente.
“Pourquoi devrait-on se priver alors que d’autres ont pu en profiter sans limite avant nous ?” Quand on parle d’écologie, s’il y a UN sujet qui cristallise les tensions à l’approche des vacances, c’est bien celui de l’avion.
En septembre 2024,le Réseau Action Climat publiait un rapport passionnant qui remet l’église au milieu du village : “Comment réduire le trafic aérien de manière juste et efficace ?”. Aux défenseurs de l’avion et du technosolutionnisme, l’association répond avec 55 pages de données chiffrées pour expliquer pourquoi, mais aussi comment réduire le trafic aérien en France. Surtout, elle évalue 9 mesures concrètes et débunke quelques idées reçues au passage !
Depuis, une seconde étude est venue confirmer et affiner ce constat : celle du Forum Vies Mobiles, publiée en juin 2026 par les sociologues Yoann Demoli et Pierre Lannoy, à partir d'une enquête menée auprès de 1 631 personnes et 4 669 vols analysés. On t'explique tout, à la lumière de ces deux études.
Le low-cost a-t-il démocratisé l'avion ? Non. Deux études distinctes (RAC 2024 et Forum Vies Mobiles 2026) montrent qu'il a surtout permis aux ménages déjà aisés de voyager encore plus souvent : 74,7 % des revenus > 6 000 €/mois ont déjà pris un vol low-cost, contre 33,6 % des revenus < 1 500 €/mois.
Qui concentre le plus de vols en France ? Une toute petite minorité : 20 % des passagers réalisent 76 % des vols et 89,5 % des distances parcourues. Les 3 % les plus intensifs concentrent à eux seuls 25 % des vols.
Quels vols pèsent le plus sur le climat ? Les long-courriers : 12,5 % des vols pour 48,6 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur (chiffres FVM 2026, cohérents avec les 55 % estimés par le Réseau Action Climat (RAC) en 2024 sur un périmètre légèrement différent).
Quelles solutions sont sur la table ? Une taxe grands voyageurs progressive (proposée par le Réseau Action Climat) ou un crédit aérien de 2 allers-retours/an/personne (proposé par le Forum Vies Mobiles), deux mécanismes différents pour un même objectif : cibler les usages les plus intensifs plutôt que les voyageurs occasionnels.
Mais au fait, qui sont ceux qui prennent l'avion, et pour aller où ? En croisant les deux études, le portrait sociologique des passagers français est sans appel et tord le cou aux clichés les plus répandus. De quoi nous donner quelques arguments pour les prochains débats enflammés entre amis.
On pourrait penser que l'essor des compagnies Low Cost a permis aux familles les moins aisées de voyager plus souvent. Pourtant, première surprise, confirmée par les deux études : les vols Low Cost n'ont pas permis à plus de personnes de prendre l'avion, mais à celles qui le prenaient déjà de le prendre encore plus souvent.
Le rapport du Réseau Action Climat le montrait déjà en 2024 : les Français qui prennent l'avion sont principalement des personnes aisées, citadines (un habitant de région parisienne a 2 fois plus de chance qu'un habitant de zone rurale de prendre l'avion, toutes choses égales par ailleurs), souvent cadres supérieurs, pour des vols de loisir.

Source : © Réseau Action Climat - “Comment réduire le trafic aérien de manière juste et efficace ?”
L'étude du Forum Vies Mobiles (2026) chiffre précisément cet écart de recours au low-cost : 74,7 % des ménages à plus de 6 000 €/mois ont déjà pris une compagnie low-cost, contre seulement 33,6 % des ménages à moins de 1 500 €/mois. Autrement dit, "l'avion est plutôt un transport de riches urbains qui partent en vacances".

L'écart se creuse avec l'âge. Source : Forum Vies Mobiles, 2026
C'est là que l'étude du Forum Vies Mobiles (2026) apporte l'éclairage le plus frappant, en s'intéressant non plus aux catégories de vols mais directement au nombre d'individus concernés : 20 % des passagers réalisent 76,1 % des vols, et les 3 % les plus intensifs en concentrent à eux seuls 25 %.

Non-voyageurs, occasionnels, hypermobiles : la part de chaque groupe dans la population française et dans les distances parcourues en avion (2022-2024). Source : Forum Vies Mobiles, 2026
Sur le plan des émissions, le Réseau Action Climat a quand à lui déjà établi en 2024 que les 20 % des Français les plus riches concentrent 40,4 % des vols et 41,5 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur. Deux méthodologies différentes, un même verdict : la pratique aérienne (et donc son impact climatique), est concentrée sur une toute petite minorité, pas répartie uniformément dans la population.
Sur la répartition par motif de vol, le RAC note aussi que les vols de loisir sont responsables de 75 % des émissions de CO2 des Français qui prennent l'avion. Les vols professionnels quant à eux n’occupent que la deuxième place du podium (ex-aequo avec les vols familiaux), qui ne pèsent “que” pour 13 % des émissions de gaz à effet de serre.
On apprend aussi que les vols professionnels sont majoritairement empruntés par des personnes aisées, principalement des hommes quarantenaires, tandis que les vols familiaux sont le fait de ménages modestes pour aller voir leur famille à l’étranger.
À ce sujet, les chiffres sont implacables : l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre sont dues au long-courriers. Le Réseau Action Climat note déjà en 2024 que, même si les vols lointains (c’est-à-dire hors France, Europe et Afrique du Nord) ne représentent que 20 % des vols, ils sont responsables de plus de 55 % de l’empreinte carbone du secteur aérien.
À l’inverse, si les vols vers la France métropolitaine (11 %), l’Europe (26 %) et le Maghreb (8 %) représentent les trois quart des vols, ils ne sont responsables que de moins de la moitié des émissions.

Source : © Réseau Action Climat - “Comment réduire le trafic aérien de manière juste et efficace ?”
L'étude du Forum Vies Mobiles (2026) affine ce constat avec une définition plus précise des vols long-courriers (plus de 3 500 km) : 12,5 % des vols, mais 48,6 % des émissions de gaz à effet de serre du secteur aérien. À l'inverse, les vols vers l'Europe du Sud, première destination des Français·es avec 29,5 % des vols, ne pèsent que 16,3 % des émissions, grâce à des distances plus courtes et à l'existence d'alternatives ferroviaires ou maritimes.
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Source : Forum Vies Mobiles, 2026 (DGAC 2024)
Conclusion des deux études : si l'on veut sérieusement décarboner l'aérien, impossible de faire l'impasse sur les long-courriers, qui concentrent l'essentiel du problème climatique malgré leur faible poids en nombre de vols...
Les solutions technologiques (comme les biocarburants par exemple) sont bien sûr utiles et bienvenues, et elles redonnent de l’espoir. Mais selon l’association, elles ne suffiront pas. Et voici pourquoi.
Il existe déjà pour les aéroclubs et est déployé par l'industrie aéronautique sur des liaisons très courtes (quelques centaines de kilomètres, le poids des batteries empêchant aujourd'hui de se projeter plus loin). Le problème : ces liaisons courtes ne représentent, comme on l'a vu, "qu'une part très modeste des émissions du secteur". Et surtout, il existe déjà une alternative en train efficace sur de nombreux de ces trajets en France !
Il pourrait à terme décarboner une partie des courts et moyens-courriers. Le problème : il repose aujourd'hui sur "de nombreux paris technologiques" qui rendent son avenir incertain. Dans le scénario le plus optimiste, son déploiement ne serait pleinement effectif qu'après 2050. Cette technologie n'est d'ailleurs pas envisagée pour les long-courriers, responsables de l'essentiel de l'empreinte carbone du secteur.
Ils peuvent être mélangés au kérosène donc ne nécessitent pas de nouveaux appareils, et peuvent être produits à des coûts raisonnables. Le problème : la biomasse est limitée et déjà utilisée ou convoitée par d'autres secteurs, "ce qui pose des enjeux de compétition d'usage (fertilisation des terres agricoles, production de chaleur à partir de la biomasse, etc.)". Avec l'objectif de 5 % de biocarburants d'ici 2030 en France, l'impact sur les émissions du secteur restera modeste dans les années à venir.
Produits à partir d'électricité renouvelable, d'eau et de CO2, ils peuvent apporter un bénéfice climatique ("à condition que le CO2 nécessaire soit biogénique ou capturé directement dans l'air"). Le problème : le rendement global est faible, donc les quantités d'électricité nécessaires sont immenses. "Selon le PDG de Lufthansa, il faudrait 50 % de la production d'électricité allemande pour convertir toute sa flotte aux carburants de synthèse. Sans baisse du trafic aérien, il semble irréaliste de développer des capacités de production suffisantes, d'autant que la filière industrielle n'existe pas encore", souligne l'étude du RAC.
👉 Pour aller plus loin sur les limites physiques des solutions technologiques, on te conseille notre article dédié au rapport The Shift Project x AÉRO DÉCARBO, publié début 2026 :

Article
Peut-on décarboner l’avion sans freiner le trafic ? Zoom sur le rapport The Shift Project x AÉRO DÉCARBO
Dans ce contexte, si l’on veut respecter les accords de Paris, la baisse du trafic aérien semble inévitable…
Pour le Réseau Action Climat, la question n'est plus "faut-il réduire le trafic aérien" mais "comment le réduire" de manière efficace et socialement juste.
Et ce pour une raison simple : le secteur aérien représente 6,4 % des émissions de CO2 en France (hors effet des traînées de condensation), et c'est le seul mode de transport dont les émissions continuent d'augmenter rapidement (+2,7 % par an depuis 2010, selon l'étude du Forum Vies Mobiles). Son usage a doublé en 20 ans, et les projections anticipent un nouveau doublement d'ici 2040.

Source : France 2 - JT du mercredi 20 septembre 2024
Pire encore : depuis la fin de la crise sanitaire, le trafic aérien a repris sa croissance effrénée, boosté par les vols internationaux et les compagnies low-cost. Le 23 juillet 2026, l'aviation mondiale a même battu un record historique avec 153 359 vols commerciaux en 24h.

Source : CITEPA Secten 2019 / Aurélien Bigo
Si tu veux écouter les mots d'un concerné, on te conseille le témoignage d'Anthony Viaux, ancien pilote de ligne, qui est passé derrière notre micro pour nous raconter son parcours fascinant et sa décision radicale de quitter l'aviation après plus de 20 ans de carrière.
Conscient des impacts environnementaux du secteur aérien, il nous partage sa prise de conscience écologique et sa transition vers une activité plus alignée avec ses valeurs. Un témoignage courageux qui nous offre un éclairage sur les dilemmes rencontrés par ceux qui, tout en aimant leur métier, se retrouvent face à une dissonance cognitive de plus en plus pressante.
Pour découvrir son histoire et sa vision de l'aviation, de l'intérieur :
Pour l'association, la priorité est de dissuader la minorité qui prend le plus souvent l'avion. Et pour cause : "les 20 % des Français les plus riches concentrent 41,5 % des émissions de gaz à effet de serre du transport aérien des ménages français" et "40,4 % des vols sont réalisés par les 20 % les plus riches" !
Parmi les propositions phares du Réseau Action Climat, une mesure choc qui a fait beaucoup de bruit à sa sortie (et a été rejetée en bloc par les compagnies aériennes) : la "taxe grands voyageurs". Le principe ? Une taxe progressive qui augmente avec la distance parcourue et la fréquence des vols. Elle serait donc très faible pour le premier vol de l'année, et très forte pour le cinquième vol. Cette mesure permettrait, selon l'association, de baisser les émissions du secteur aérien de 13 %, tout en faisant peser l'essentiel de l'effort sur les passagers les plus réguliers.
Deux ans plus tard, le Forum Vies Mobiles propose une mécanique différente pour viser le même objectif : un crédit de deux voyages aller-retour par an et par personne pour motifs personnels (hors vols professionnels, traités séparément). Ce crédit serait nominatif (vérifié automatiquement via le numéro de réservation (PNR) déjà utilisé par les compagnies aériennes), ni reportable ni cessible d'une année sur l'autre, pour éviter toute accumulation de droits. Selon l'étude, cette mesure réduirait le trafic aérien de 24 % et les émissions de 5,3 millions de tonnes de CO2/an, tout en préservant la possibilité de voyager pour les 90 % de Français·es qui effectuent déjà deux allers-retours ou moins chaque année.
L'étude du Forum Vies Mobiles va d'ailleurs plus loin en montrant que ces pratiques se construisent dès l'enfance. C'est qu'on te détaille dans notre article dédié.

Article
Avion : pourquoi certains le prennent toute leur vie et d'autres jamais ?
Taxe progressive ou crédit forfaitaire : les deux mécanismes partent du même constat (cibler les usages les plus intensifs plutôt que les déplacements occasionnels de la majorité), mais avec des logiques différentes (dissuasion par le prix vs plafond nominatif). Aucune des deux mesures n'est aujourd'hui inscrite dans la loi française : elles restent à ce stade des propositions de think tanks.
Au total, le Réseau Action Climat propose dans son rapport 9 solutions pour réguler le secteur et limiter l’emballement climatique. Des plus simples (comme un relèvement de la “Taxe Chirac” sur les billets d’avion, avec un barème élevé pour les jets privés en location comme le proposait la Convention citoyenne pour le climat) aux plus radicales (comme l’interdiction de prendre l’avion plus d’un fois par an et par personne).

Source : © Réseau Action Climat - “Comment réduire le trafic aérien de manière juste et efficace ?”
Tu t'en doutes, on ne pouvait pas finir cet article sans parler de l'alternative bas carbone par excellence : le train. La réflexion sur la baisse du trafic aérien est indispensable, mais selon nous, la bataille se mène aussi sur le terrain des imaginaires.
Rendre le train désirable par des récits positifs, c'est justement ce qui nous fait nous lever chaque matin chez HOURRAIL !. En proposant des itinéraires en train clé en main et en montrant qu'il est possible de rendre le voyage en train joyeux et accessible, même pour aller au bout du monde (en témoignent les expériences de Delphine et Arnaud jusqu'en Indonésie, ou encore de Victor et Léa jusqu'à Taïwan), on a bien l'intention de remettre le voyage sur les bons rails !
Et parce que la bataille passera aussi par le porte-monnaie, pour signer notre pétition sur la baisse des péages ferroviaires, c'est ici.
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Pour aller plus loin, tu peux consulter le rapport complet du Réseau Action Climat ou la synthèse de l'étude du Forum Vies Mobiles.

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